Roger Serge Alain Aubame Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Après notre récente publication sur le calvaire que vivent de nombreux retraités gabonais établis à l’étranger, nous avons reçu une lettre ouverte de M. Roger Alain Aubame. Compte tenu de l’intérêt du témoignage et des questions qu’il soulève, nous en proposons la publication intégrale.
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Pour une retraite digne et un traitement plus humain des retraités expatriés
À qui de droit,
Je prends aujourd’hui la plume avec respect, mais aussi avec une profonde tristesse et une immense lassitude, afin de porter à la connaissance des autorités compétentes les difficultés administratives et sociales auxquelles je suis confronté en tant que retraité expatrié.
Cette démarche n’est ni un acte de défiance ni une volonté de contourner les règles. Elle est le dernier recours d’un homme qui, après avoir consacré sa vie au travail et au développement de son pays, se retrouve aujourd’hui fragilisé par un système qui devrait pourtant le protéger.
Durant ma vie active, j’ai exercé d’importantes responsabilités dans le secteur bancaire. Cette expérience m’a permis d’acquérir une connaissance approfondie des règles administratives, financières et des exigences de contrôle qui encadrent les institutions. Je comprends donc parfaitement la nécessité des procédures, des vérifications et des mécanismes destinés à sécuriser les droits des usagers.
Mais lorsqu’une procédure finit par étouffer ceux qu’elle est censée protéger, lorsqu’elle devient une source permanente d’angoisse plutôt qu’une garantie de sécurité, alors il devient légitime de s’interroger.
Depuis plusieurs années, et plus particulièrement depuis quatre ans, je subis les conséquences de retards récurrents et d’interruptions dans le versement de ma pension. Ces dysfonctionnements ont profondément bouleversé mon existence ainsi que celle de ma famille.
Pour beaucoup, une pension n’est qu’un chiffre inscrit sur un relevé bancaire. Pour un retraité, elle représente bien davantage. Elle est la récompense d’une vie entière de labeur. Elle est la garantie de pouvoir se nourrir, se loger, se soigner et vivre ses vieux jours avec un minimum de dignité.
Lorsque son versement est retardé ou suspendu, ce n’est pas seulement un revenu qui disparaît. C’est une inquiétude qui s’installe. C’est la peur du lendemain qui s’invite dans le foyer. C’est l’angoisse de ne plus pouvoir honorer ses engagements, de ne plus pouvoir faire face aux dépenses les plus élémentaires.
À un âge où l’on devrait enfin connaître la sérénité, je me retrouve trop souvent confronté à l’incertitude.
Au fil du temps, les procédures administratives applicables aux retraités vivant à l’étranger se sont multipliées. Certaines exigences, telles que le certificat de vie ou le certificat de résidence, apparaissent parfaitement légitimes. Elles permettent de sécuriser les paiements et de préserver les droits des bénéficiaires.
Malheureusement, d’autres formalités semblent avoir ajouté davantage de complexité que d’efficacité.
Les demandes répétées de documents déjà transmis, les exigences parfois difficiles à satisfaire selon le pays de résidence, les interprétations variables d’un agent à l’autre ou d’un service à l’autre créent une véritable insécurité administrative.
Comment comprendre qu’un document accepté aujourd’hui soit rejeté quelques mois plus tard pour un motif de lisibilité alors qu’il s’agit exactement du même document ?
Comment comprendre qu’un passeport don’t la validité est de dix ans doive être systématiquement fourni année après année ?
Comment accepter qu’une pension puisse être suspendue alors même que toutes les pièces exigées ont été transmises dans les délais impartis ?
Ces situations génèrent une profonde incompréhension. Elles nourrissent également un sentiment d’abandon chez des personnes don’t la seule faute est d’avoir vieilli après avoir travaillé toute leur existence.
Dans mon cas, cette lourdeur administrative a conduit à la perte d’un trimestre entier de pension correspondant au quatrième trimestre 2025, lequel demeure à ce jour non régularisé.
Derrière cette simple ligne comptable se cachent pourtant des réalités bien concrètes :
- Des factures qui s’accumulent ;
- Des échéances qui ne peuvent être honorées ;
- Des dettes qui se creusent ;
- Des nuits d’inquiétude ;
- Et cette douleur silencieuse que ressent tout père ou tout grand-père lorsqu’il se découvre incapable d’assurer pleinement sa sécurité et celle des siens.
Je suis conscient des contraintes auxquelles sont confrontées les administrations publiques. Je sais également que les agents accomplissent souvent leur mission avec dévouement dans des conditions parfois difficiles.
Mais lorsqu’une procédure destinée à protéger les retraités finit par les priver de leurs moyens de subsistance, il devient indispensable d’en mesurer les conséquences humaines.
Car derrière chaque dossier se trouve une vie.
Derrière chaque numéro de pension se trouve une famille.
Derrière chaque pension suspendue se trouve une personne âgée qui attend, parfois dans l’angoisse, les ressources don’t dépend sa survie quotidienne.
L’administration voit parfois des documents ; le retraité, lui, vit les conséquences des décisions qui en découlent.
Dans un esprit constructif, je me permets de suggérer quelques pistes d’amélioration : la dématérialisation complète des procédures, l’harmonisation des pièces justificatives exigées, la mise en place d’un système d’alerte pour les documents manquants (SMS, courriel, etc.), ainsi que l’instauration de délais maximaux de traitement des dossiers et des réclamations. Il pourrait également être envisagé d’adopter un principe de continuité du paiement afin qu’un retraité ne puisse être privé de sa pension pour une simple difficulté administrative en cours de régularisation.
Ces mesures permettraient de concilier les impératifs de contrôle de la CNSS avec la protection effective des retraités.
Nous sommes nombreux à avoir consacré nos forces, nos compétences, notre intelligence et les meilleures années de notre existence au service de notre pays.
Nous ne réclamons aucun privilège.
Nous ne demandons aucun traitement de faveur.
Nous demandons simplement que les droits que nous avons acquis au prix de toute une vie de travail soient respectés.
Aujourd’hui, mes attentes sont devenues modestes.
Je voudrais simplement pouvoir vivre sans craindre chaque échéance bancaire.
Je voudrais simplement pouvoir me soigner correctement lorsque la maladie frappe.
Je voudrais simplement pouvoir regarder l’avenir avec un peu de tranquillité.
Je voudrais simplement pouvoir vivre les années qui me restent avec la dignité à laquelle tout être humain devrait avoir droit.
J’en appelle donc à la bienveillance, à l’écoute et à l’action des autorités compétentes afin que cette situation trouve une issue favorable, non seulement pour moi-même, mais aussi pour l’ensemble des retraités expatriés qui vivent dans le silence les mêmes difficultés.
Car la grandeur d’une nation ne se mesure pas seulement à ses infrastructures, à ses budgets ou à ses institutions.
Elle se mesure aussi à la manière don’t elle traite ceux qui ont consacré leur vie à son développement.
Une société véritablement juste est celle qui n’abandonne pas ses anciens.
Car les retraités ne demandent pas la charité.
Ils demandent simplement le respect des droits acquis au terme d’une vie de travail.
Ils demandent simplement de vivre leurs dernières années dans la paix, la dignité et la sécurité.
L’histoire d’une nation se mesure aussi à la manière don’t elle traite ceux qui l’ont servie.
Veuillez agréer, Mesdames et Messieurs les autorités compétentes, l’expression de ma très haute considération.
Un retraité expatrié en quête de justice, de dignité et de sérénité.
Roger Serge Alain Aubame
Residencial Coopnama II
Avenida Estrella Sádhala #164
Edificio 1 Apartamento 2A
Santiago, Republica Dominicana