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Quelques précisions sur le droit de dire ce que l’on voit


Quelques précisions sur le droit de dire ce que l’on voit

Michel Ongoundou Loundah Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Dans une nouvelle tribune, Michel Ongoundou Loundah revient sur les réactions suscitées par ses critiques contre le régime actuel. L’ancien sénateur de la transition défend le droit à la contradiction, appelle à une lecture lucide de la situation nationale et rappelle que la liberté d’expression demeure un pilier essentiel de toute démocratie.

Ma récente tribune sur la confiscation des libertés par le régime actuel a suscité de vifs débats. Tant mieux. C’était précisément l’objectif recherché. Entre compatriotes, le désaccord est légitime. Il ne devrait cependant jamais nous faire perdre de vue l’essentiel : nous sommes les enfants d’un même pays et nous aspirons tous à y vivre dignement et à nous y épanouir pleinement.

Je souhaite néanmoins apporter quelques précisions.
J’ai combattu ouvertement le régime d’Ali Bongo sans jamais collaborer, de près ou de loin, avec lui. Ce qui n’est pas le cas de tout le monde. Je suis donc peu très suspect de sympathie, de nostalgie ou de complaisance envers un système dont plusieurs figures occupent encore aujourd’hui des positions de premier plan au sommet de l’État.

Mais l’honnêteté intellectuelle commande d’observer la réalité telle qu’elle est, avec lucidité et sans passion. Certains trouvent leur compte dans la situation actuelle. C’est leur droit. Cela doit-il, pour autant, condamner au silence ceux qui s’inquiètent, interrogent ou critiquent ? Certainement pas. Car si hier chacun s’était tu, Ali Bongo serait probablement encore au pouvoir. Le progrès n’a jamais été l’œuvre des consciences dociles, mais de celles et ceux qui ont osé dire ce qu’ils voyaient, même lorsque cela dérangeait.

Une autre réalité mérite d’être soulignée : chez nous, certains ne découvrent les vertus de l’engagement, de la liberté ou de la justice que lorsque leurs propres intérêts sont menacés. Tant que les privilèges subsistent, le silence leur semble acceptable. Ils ne s’alarment que lorsque les restrictions qu’ils excusaient hier finissent par les atteindre. J’ai la chance, pour ma part, de ne pas appartenir à cette catégorie. Mon engagement est né d’une certaine idée du Gabon, de la justice et de la dignité humaine. Il demeure aujourd’hui fidèle aux mêmes principes.

Je peux me tromper. Mon analyse peut être contestée. Je ne prétends nullement détenir la vérité. Mais seul l’avenir nous départagera, surtout pour les plus jeunes, qui vivront plus longtemps que nous avec les conséquences des choix posés aujourd’hui.

Comme le disent nos ancêtres : « Odju g’orerigui omoni omo kali » , un jour ou l’autre, chacun finit par croiser la route du fantôme qui sévit au puits. Nul n’est éternellement à l’abri des réalités qu’il refuse de voir. Le temps rappelle toujours aux hommes que les libertés dont on accepte la privation pour les autres sont souvent celles dont on aura soi-même besoin demain.

Excellent début de semaine à tous !

Michel Ongoundou Loundah

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