La présidente de l’association Chretienne des professionnels de la justice (ACPJ) , Mme Nzah Bekalé Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Face à la réapparition des crimes rituels au Gabon, le débat sur le rétablissement de la peine de mort refait surface. L’ Association chrétienne des professionnels de la justice (ACPJ) dit non à cette option, estimant que la solution réside avant tout dans une justice libre et pleinement appliquée.
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Une position claire contre la peine de mort
Dans une interview le jeudi 16 janvier au tribunal de Libreville, la présidente de l’Association chrétienne des professionnels de la justice, Mme Lynda Nzah Bekalé, magistrat hors hiérarchie et conseillère à la Cour de cassation, a livré la position officielle de son organisation sur le débat en cours.
Selon elle, le rétablissement de la peine capitale ne saurait constituer une réponse efficace aux crimes rituels. « En raison du caractère sacré de la vie, mais aussi parce que le Gabon est signataire de plusieurs accords internationaux allant dans le sens de l’abolition de la peine de mort, nous ne partageons pas cette idée », a-t-elle déclaré.
« Le véritable débat est ailleurs »
Pour la présidente de l’ACPJ, la peine de mort ne permettrait pas d’éradiquer durablement les crimes rituels ni les autres formes de criminalité grave. Le cœur du problème se situe, selon elle, dans l’application effective de la loi.
« Le véritable enjeu n’est pas de savoir si la sanction doit être la peine de mort ou la réclusion à perpétuité, deux peines d’une extrême gravité. Il s’agit plutôt de permettre à la justice de travailler sans immixtion ni entrave au déroulement normal des procédures », a-t-elle souligné.
Lutter contre l’impunité
Mme Nzah Bekalé a également dénoncé les réseaux de protection dont bénéficieraient certains auteurs de crimes rituels. « Ces crimes sont souvent commis par des personnes identifiées, parfois connues, et non par “monsieur tout-le-monde”. Tant que la loi ne s’appliquera pas pleinement à tous, ces pratiques persisteront », a-t-elle averti, estimant qu’une justice indépendante et ferme permettrait de réduire significativement ces crimes.
Respect de la vie et exigence de justice
Tout en réaffirmant le principe sacré du respect de la vie humaine, la présidente de l’ACPJ a insisté sur la nécessité de juger avec rigueur les auteurs, instigateurs et commanditaires de ces actes. « La solution consiste à arrêter et juger les véritables responsables avec toute la rigueur de la loi, afin de protéger la société tout en préservant le caractère sacré de la vie », a-t-elle déclaré.
Une peine abolie depuis 2010
Pour rappel, la peine de mort a été abolie au Gabon en février 2010 par Loi N° 003/2010 du 15/02/2010 portant abolition de la peine de mort, mettant fin à une disposition prévue par la loi de 1963. Mme Lynda Nzah Bekalé a enfin encouragé les familles des victimes à poursuivre leur quête de justice et à utiliser tous les moyens légaux pour l’obtenir.
