JOJ Dakar 2026 : deux éliminations, le sport gabonais face à ses limites structurelles
Le Gabon à l’ouverture des JOJ Dakar 2026 Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Le parcours du Gabon aux Jeux olympiques de la jeunesse (JOJ) Dakar 2026 commence difficilement. Sur les sept représentants engagés, deux ont déjà quitté la compétition. Axelle Moulenda Perroy, en natation, et Tracy Augustine Assengone Allogo, en wushu, n’ont pas réussi à franchir leurs premières étapes. Au-delà de ces résultats, ces éliminations interrogent sur les conditions de préparation des athlètes gabonais et, plus largement, sur la place accordée aux disciplines sportives encore peu médiatisées.
JOJ Dakar 2026 : deux éliminations, le sport gabonais face à ses limites structurelles
En natation, Axelle Moulenda-Perroy a terminé sixième de sa série et douzième au classement général du 200 mètres brasse, avec un chrono de 3 min 21 s 92. Une performance qui ne lui permet pas de poursuivre la compétition, d’autant que cette épreuve ne correspondrait pas à sa spécialité.
De son côté, Tracy Augustine Assengone Allogo a achevé son concours de wushu à la onzième place sur douze participantes. La jeune Gabonaise a néanmoins amélioré sa note lors de son deuxième passage, par rapport à sa prestation initiale de dimanche.
Deux éliminations qui, sans suffire à elles seules à dresser un bilan définitif de la délégation, soulèvent une interrogation essentielle : quelle préparation a réellement été mise en place pour accompagner ces jeunes athlètes vers une compétition internationale de cette envergure ?
Natation : des ambitions continentales confrontées aux faiblesses structurelles
La situation de la natation gabonaise illustre un paradoxe. D’un côté, des performances encourageantes sur la scène continentale ; de l’autre, des difficultés structurelles qui freinent la démocratisation et le développement de la discipline.
La capitaine Noélie Lacour, avec notamment cinq médailles d’or remportées au Championnat d’Afrique de zone 2 en 2026 à Dakar, incarne cette capacité des nageurs gabonais à rivaliser sur le plan continental. De jeunes talents, à l’image de Madj Jaber, témoignent également du potentiel de la relève.
Mais derrière ces résultats, la réalité demeure préoccupante
Le pays souffre d’un déficit important d’infrastructures adaptées. Les nageurs dépendent principalement de structures privées ou hôtelières, notamment le Club Saoti et le Beach Club à Libreville. L’absence de véritables équipements publics accessibles et répondant aux standards de la compétition constitue un frein majeur à la formation et à la détection des talents.
Sur le plan organisationnel, la Fédération gabonaise de natation (FEGANA), créée en 2014, poursuit sa structuration. La discipline dispose de trois ligues provinciales dans l’Estuaire, l’Ogooué-Maritime et le Haut-Ogooué, même si l’essentiel de l’activité reste concentré dans la capitale.
À ces difficultés s’ajoute un enjeu culturel : la natation peine encore à s’imposer comme une pratique sportive populaire. Entre la crainte de l’eau, alimentée notamment par les accidents de noyade, et le coût de l’accès aux infrastructures, son apprentissage reste limité pour une partie de la population.
Les défis de la démocratisation
Sous l’impulsion de son président, Stéphane Soami Mabiala, la FEGANA entend poursuivre la modernisation de la discipline à travers plusieurs chantiers : réforme de la gouvernance fédérale, relance des compétitions nationales après plusieurs années d’interruption et développement de partenariats avec les établissements scolaires.
L’objectif est notamment de favoriser l’apprentissage de la natation dès le plus jeune âge, d’élargir le nombre de pratiquants et de renforcer le vivier de futurs compétiteurs.
Toutefois, la mobilisation fédérale ne saurait suffire. Sans investissements publics dans des infrastructures adaptées, la natation gabonaise risque de continuer à dépendre d’une poignée d’athlètes capables de porter, à eux seuls, les ambitions nationales.
Wushu : une discipline en développement, mais encore peu médiatisée
Autre discipline concernée par ces premières éliminations, le wushu connaît une dynamique de développement au Gabon. Moins médiatisé que le football ou le taekwondo, cet art martial chinois bénéficie néanmoins d’efforts de vulgarisation, notamment auprès des jeunes.
Depuis plusieurs années, la Fédération gabonaise de wushu (FEGAWU) travaille à l’implantation de la discipline dans les établissements scolaires et à la multiplication des clubs. Le lycée Sainte-Marie de Libreville figure notamment parmi les établissements ayant accueilli cette pratique.
Au-delà de la performance physique, le wushu est également présenté comme un outil d’éducation, de discipline personnelle et d’équilibre entre le corps et l’esprit.
Une coopération sportive et culturelle active
La discipline bénéficie également de la coopération sino-gabonaise. La Coupe de l’Amitié sino-gabonaise, organisée avec le soutien de l’ambassade de Chine au Gabon, constitue l’un des rendez-vous importants de son calendrier sportif. Sa quatrième édition, tenue en avril 2026 au gymnase du Prytanée militaire de Libreville, a notamment contribué à promouvoir cette discipline.
Des stages de formation et des compétitions permettent par ailleurs d’améliorer le niveau technique des pratiquants et d’identifier les jeunes talents.
Sur la scène internationale, plusieurs athlètes gabonais ont déjà démontré leur potentiel. Mouele Marc s’est notamment illustré lors d’une compétition régionale à Tianjin, en Chine, avec des médailles d’or et d’argent.
Le pays peut également compter sur l’expérience du professeur Luc Bendza, figure reconnue du wushu à l’international et acteur historique du développement de cette discipline au Gabon.
La participation de Tracy Assengone Allogo aux JOJ de Dakar constitue ainsi une étape importante pour le rayonnement du wushu gabonais, malgré son classement final.
Reste désormais à transformer cette présence internationale en résultats durables, grâce à un accompagnement technique, financier et institutionnel à la hauteur des ambitions affichées.
Cinq représentants encore en lice : le Gabon attend ses prochaines performances
Malgré ces deux premières éliminations, le programme gabonais se poursuit avec cinq athlètes encore engagés dans la compétition.
Ce mardi 3 novembre, Ghyslain Arnaud Junior Ndong fera son entrée en lice en judo, dans la catégorie des moins de 100 kg. Le Gabonais doit affronter le Tadjik Asmar Sharif en huitième de finale au Dakar Expo Center. Son combat est programmé autour de 10h12 à Dakar, soit 11h12 à Libreville. Une victoire lui ouvrirait les portes des quarts de finale et de la course aux médailles.
En natation, Teli Khalyf Ngaka Ozavino sera également attendu avec un programme particulièrement chargé. Il disputera mercredi 4 novembre le 50 mètres nage libre et le 50 mètres papillon, avant de revenir dans le bassin jeudi 5 novembre pour le 50 mètres brasse. Ses passages sont respectivement annoncés autour de 11h22, 12h11 et 11h37 à Libreville, soit une heure plus tôt à Dakar. Les finales sont prévues dans l’après-midi pour les nageurs qualifiés.
En athlétisme, Serena Grâce Massala Malonga défendra les couleurs nationales sur le 100 mètres féminin, dimanche 8 novembre. Les demi-finales sont programmées à 14h44 et 14h51 à Dakar, soit 15h44 et 15h51 à Libreville, au complexe Iba Mar Diop. En cas de qualification, la finale se disputera le même jour à 17h23 à Dakar, soit 18h23 au Gabon.
Enfin, le taekwondo clôturera la participation gabonaise avec deux représentants. Rebeka Joinika Kowengue Ahoton Iguewa sera engagée mardi 10 novembre dans la catégorie des moins de 55 kg, tandis que Claude Marvin Junior Boulouchi combattra mercredi 11 novembre chez les plus de 73 kg.
Les deux athlètes ont préparé cette échéance à travers un stage à Muju, en République de Corée, sous la conduite du coach national junior Yannick Ngwasélé.
Au-delà des médailles, la question des
moyens
Les deux athlètes éiminées
Après les sorties prématurées d’Axelle Moulenda-Perroy et de Tracy Assengone Allogo, les cinq représentants encore en compétition portent désormais les dernières chances du Gabon de décrocher une médaille à Dakar.
Mais au-delà du tableau des médailles, ces JOJ remettent sur la table une question fondamentale : quelle place le Gabon accorde-t-il réellement aux disciplines sportives autres que le football ?
La natation et le wushu illustrent deux réalités différentes, mais confrontées à un même défi : transformer les ambitions sportives en politiques durables de formation, d’encadrement et d’investissement.
Participer à une compétition internationale est une chose. Donner aux jeunes athlètes les moyens de rivaliser avec leurs adversaires en est une autre.
Les Jeux olympiques de la jeunesse de Dakar 2026 s’achèveront le 11 novembre prochain. D’ici là, le Gabon espère encore voir ses représentants faire la différence. Mais les résultats obtenus devront aussi servir de matière à réflexion pour l’avenir du sport national.

