Le ministre de l’Habitat et du logement Mays Mouissi Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Des logements annoncés entre 12 et 15 millions de FCFA, des crédits immobiliers, des terrains à coûts maîtrisés et 1 600 logements en chantier à Bikélé-Nzong. L’offre prend forme dans les annonces. Reste à savoir combien de Gabonais pourront réellement y accéder, notamment parmi les travailleurs sans salaire régulier et les familles déguerpies qui attendent toujours une solution.
Devenir propriétaire face au mur de la précarité
Depuis le 29 octobre, le ministère de l’Habitat a installé son guichet unique du logement sur l’esplanade de Gabon 24. Banques, promoteurs, aménageurs fonciers et administrations techniques y présentent leurs offres et accompagnent les visiteurs.
En trois jours, des milliers de compatriotes, principalement des fonctionnaires et des salariés du secteur privé, auraient ainsi pu découvrir des programmes immobiliers, effectuer des simulations de crédit et se renseigner sur leurs démarches foncières.
L’initiative répond à un besoin réel. Inscrite dans le troisième pilier du projet de société du chef de l’État, elle affiche une ambition légitime : faciliter l’accès à la propriété. Mais sa portée dépendra de sa capacité à toucher ceux pour qui se loger demeure une difficulté quotidienne.
Un prix maîtrisé n’est pas toujours un prix accessible
Les logements sociaux et économiques annoncés à Bikélé, Ntoum et Essassa, entre 12 et 15 millions de FCFA, peuvent représenter une perspective pour les ménages en mesure d’en assurer le financement.
S’y ajoutent des opérations de régularisation foncière annoncées à 600 000 FCFA pour des superficies pouvant atteindre 2 000 m2, ainsi que des parcelles commercialisées à Essassa à partir de 900 FCFA le mètre carré, avec des facilités de paiement.
Les banques partenaires, dont AFG Bank Gabon, présentent également leurs solutions de crédit immobilier. Le cumul des capacités d’emprunt au sein d’un couple est notamment évoqué pour faciliter le financement.
Ces dispositifs ont toutefois une limite : ils supposent de pouvoir réunir l’apport demandé, justifier de revenus réguliers et supporter des remboursements pendant plusieurs années, alors que le coût de la vie pèse déjà sur les budgets.
Un logement peut être proposé à coût maîtrisé et rester hors de portée de ceux auxquels il est censé s’adresser. Le qualifier de « social » ne suffit pas à combler l’écart entre son prix et les ressources d’un ménage.
Le bulletin de paie comme clé d’entrée
Commerçants, artisans, petits entrepreneurs et travailleurs indépendants ne vivent pas tous d’un salaire fixe. Leurs revenus peuvent être réels sans correspondre aux garanties habituellement exigées par les banques.
Une politique du logement qui repose essentiellement sur le crédit classique risque donc de laisser à l’écart une partie de ceux qui travaillent, épargnent et aspirent à devenir propriétaires.
Pour ces ménages, les réponses doivent être concrètes : épargne-logement, accession progressive à la propriété, garanties adaptées ou financements tenant compte de revenus irréguliers. Les journées portes ouvertes devraient permettre de préciser les mécanismes effectivement prévus et leurs conditions d’accès.
À défaut, les salariés disposant d’une situation stable pourront étudier les offres, tandis que les autres en visiteront les stands. La propriété aura ses portes ouvertes ; le financement conservera les siennes bien fermées.
Les déguerpis attendent un bilan
L’annonce de 1 600 logements sociaux et économiques en chantier à Bikélé-Nzong ne règle pas, à elle seule, la situation des familles déguerpies qui attendent encore, selon les cas signalés, un relogement ou une indemnisation.
Sur ce point, un bilan public est nécessaire : nombre de familles concernées, relogements réalisés, indemnisations versées, engagements restant à honorer et calendrier de leur mise en œuvre.
Entre les communications officielles et les chiffres avancés par les collectifs concernés, l’absence d’un état des lieux consolidé et publiquement accessible entretient l’incertitude.
Ces familles n’attendent pas seulement de nouveaux programmes. Elles attendent que leur propre situation trouve une issue.
Construire pour de futurs propriétaires ne dispense pas de rendre compte du sort de ceux qui ont déjà perdu leur logement. Les deux volets appartiennent à la même politique publique et devraient être traités avec la même exigence.
Des réservations aux clés
Pour les programmes de la Société nationale immobilière en cours de construction, les visiteurs ont été informés que les démarches relevaient, à ce stade, de la réservation, sans paiement immédiat exigé.
Cette précision permet de distinguer les étapes. Une réservation ne vaut ni financement obtenu ni logement livré. Entre l’inscription d’un candidat et la remise des clés, restent les conditions bancaires, l’avancement du chantier et le respect des délais.
Le bilan de l’opération devra donc aller au-delà du nombre de visiteurs accueillis et de dossiers examinés. Il devra indiquer combien de logements ont été livrés, à quel prix, dans quels délais et à quels ménages.
La fréquentation d’une esplanade mesure l’intérêt du public. Elle ne mesure pas encore le nombre de familles sorties du mal-logement.
Une ambition à l’épreuve des revenus
Faciliter l’accès à la propriété mérite mieux qu’une succession d’annonces. Cela exige des critères transparents, des financements adaptés et des résultats que chacun puisse apprécier.
La portée sociale du dispositif se lira dans le profil de ses bénéficiaires : revenus, situation professionnelle, accès ou non au crédit classique. Elle se mesurera aussi aux solutions apportées aux familles déplacées et aux ménages les plus modestes.
Le droit à un logement digne ne peut se réduire à une offre commerciale, à une simulation bancaire ou à un dossier de réservation. Il suppose que la politique publique prenne en charge les obstacles que le marché, à lui seul, ne résout pas.
Au Gabon, le défi consiste autant à construire des logements qu’à permettre aux citoyens d’y accéder réellement. Sans cette articulation, les programmes dits sociaux risquent de profiter surtout à ceux qui disposent déjà des moyens d’entrer dans le circuit bancaire.
Le logement pour tous perd son sens si les plus vulnérables restent devant la porte.

