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Gabon-SEFE / 6 millions de tonnes de CO₂ : les populations gabonaises au cœur des interrogations


Gabon-SEFE  / 6 millions de tonnes de CO₂ : les populations gabonaises au cœur des interrogations

Signature de l’accord, image internet Credit:© 2026 D.R./Le Radar

Le Gabon annonce un nouvel accord dans le domaine du marché carbone. Dans un communiqué publié le 3 novembre, la présidence de la République fait état de la signature d’un accord avec l’entreprise allemande SEFE (Securing Energy for Europe), portant sur près de 6 millions de tonnes de CO₂ sous forme de crédits carbone. Présentée comme historique, cette opération doit notamment permettre de démontrer la conformité des crédits gabonais aux exigences des marchés internationaux.

6 millions de tonnes de CO₂ : les populations gabonaises au cœur des interrogations

 

Une annonce qui met en lumière le potentiel environnemental du pays, mais qui laisse également plusieurs interrogations essentielles sans réponse. Car si le Gabon entend valoriser économiquement son patrimoine forestier, encore faut-il que les citoyens comprennent ce qui est réellement vendu, dans quelles conditions et au bénéfice de qui.

 

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Suivre le communiqué du porte-parole de la présidence de la République

 

Que vend exactement le Gabon ?

 

Contrairement à ce que pourrait laisser penser l’expression « vente de CO₂ », il ne s’agit pas de commercialiser physiquement du dioxyde de carbone. Le mécanisme repose sur des crédits carbone, des unités représentant généralement une tonne de CO₂ équivalent évitée ou retirée de l’atmosphère, selon une méthodologie de comptabilisation et de vérification reconnue.

 

En valorisant ses efforts de conservation forestière, le Gabon cherche ainsi à transformer son capital naturel en ressources financières. Le pays dispose d’un couvert forestier estimé à près de 88 % de son territoire. Ses forêts absorberaient environ 140 millions de tonnes de CO₂ par an, tandis que les émissions associées à l’utilisation des terres seraient estimées à une trentaine de millions de tonnes.

 

Mais comment ces crédits sont-ils calculés, certifiés et commercialisés ? Qui vérifie les résultats environnementaux annoncés ? À quel prix la tonne est-elle négociée et quelles obligations l’accord conclu avec SEFE impose-t-il aux deux parties ?

 

Des recettes annoncées, une redistribution encore à préciser

 

Autre point sensible : la destination des revenus générés par cette opération.

Le communiqué présidentiel indique que les recettes perçues par l’État sont cantonnées dans l’attente de la mise en place définitive du cadre réglementaire national. Celui-ci doit notamment définir les modalités de répartition des ressources, y compris au profit des communautés locales.

 

Une précision importante, mais qui appelle d’autres explications. Quelle proportion des revenus sera réservée aux populations riveraines des zones forestières ? Comment ces bénéficiaires seront-ils identifiés ? Par quels mécanismes les fonds seront-ils redistribués et comment leur utilisation sera-t-elle contrôlée ?

 

Ces interrogations sont d’autant plus importantes que les populations vivant au contact des espaces forestiers sont directement concernées par les politiques de conservation, parfois au prix de restrictions sur l’utilisation de certaines ressources naturelles.

 

Un potentiel financier qui comporte aussi des risques

 

Le Gabon n’en est pas à sa première expérience en matière de financement climatique. Le pays a notamment bénéficié de paiements fondés sur les résultats de réduction de la déforestation dans le cadre de l’Initiative pour les forêts d’Afrique centrale (CAFI), avec un financement initial de 17 millions de dollars.

 

Le développement du marché carbone apparaît désormais comme un levier supplémentaire pour diversifier les sources de financement de l’économie nationale. Mais cet instrument comporte aussi des enjeux : fiabilité des crédits, transparence des transactions, contrôle des engagements environnementaux, protection des droits des communautés locales et prévention d’une éventuelle surestimation des bénéfices climatiques.

 

La situation forestière du Gabon mérite également une lecture plus nuancée. Si la déforestation demeure relativement limitée, la dégradation des forêts constitue un enjeu environnemental important. La préservation du couvert forestier ne peut donc reposer uniquement sur la vente de crédits carbone : elle suppose des politiques durables de surveillance, de gestion et de protection des écosystèmes.

 

Au-delà de l’accord, l’exigence de transparence

 

En faisant du marché carbone un instrument de sa stratégie de financement, le Gabon ouvre un chantier qui dépasse la seule question environnementale. Il engage également des enjeux de gouvernance économique, de justice sociale et de responsabilité publique.

 

Dès lors, une communication institutionnelle complète devrait permettre de répondre à des questions simples : quel est le montant financier de l’accord avec SEFE ? Quel est le prix retenu par tonne ? Quelle quantité de crédits sera effectivement transférée ? Sur quelle période ? Quelles garanties protègent l’intégrité environnementale de l’opération ? Et surtout, quelle part des revenus bénéficiera directement aux populations ?

 

Car préserver les forêts gabonaises ne doit pas seulement constituer une opportunité financière pour l’État et ses partenaires. Cette richesse naturelle doit aussi pouvoir contribuer au développement des territoires et à l’amélioration des conditions de vie des populations qui en dépendent.

 

Pour les Gabonais, l’enjeu n’est donc pas seulement de savoir combien de tonnes de CO₂ le pays peut valoriser, mais aussi de comprendre combien cette richesse peut rapporter, comment elle sera gérée et qui en bénéficiera réellement.

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