Gabon / Plaine-Oréty : la société civile met le gouvernement au défi de s’expliquer sur le siège de l’UDB
Le futur siège de l’UDB Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Des populations déguerpies au nom de l’utilité publique, un immeuble de douze étages annoncé pour le parti au pouvoir et un ministre chargé du secteur foncier qui est également secrétaire général de cette formation politique : à Plaine-Oréty, les interrogations dépassent désormais la seule question de l’attribution d’un terrain. Le 30 octobre 2026, onze organisations de la société civile ont saisi le président de l’Assemblée nationale pour demander des explications au Gouvernement. Au cœur du dossier : la transparence des décisions foncières et les garanties d’impartialité de l’action publique.
Plaine-Oréty : la société civile met le gouvernement au défi de s’expliquer sur le siège de l’UDB
L’affaire de Plaine-Oréty prend une nouvelle dimension. Après les déguerpissements intervenus en 2025, la construction annoncée du futur siège de l’Union démocratique des bâtisseurs (UDB), parti au pouvoir, sur ce site continue de susciter des interrogations. Le 30 octobre 2026, onze organisations de la société civile ont décidé de porter le dossier devant l’Assemblée nationale afin d’obtenir des explications sur les conditions d’attribution de la parcelle destinée à accueillir cet immeuble de douze étages, présenté comme un projet R+12.
Derrière cette démarche, une question embarrassante pour les pouvoirs publics : comment justifier l’attribution d’un terrain situé dans une zone déclarée d’utilité publique, alors que des populations en ont été déguerpies en 2025 ?
Mais le dossier soulève une autre interrogation, tout aussi sensible : celle de la séparation entre responsabilités gouvernementales et intérêts partisans. Le ministre chargé de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, Mays Mouissi, est également secrétaire général de l’UDB. Ce cumul de fonctions ne constitue pas, à lui seul, la preuve d’une irrégularité. Il rend toutefois indispensable la clarification des procédures suivies et des mécanismes ayant garanti l’impartialité des décisions administratives.
Des citoyens déguerpis, un parti qui construit : la question qui fâche
En 2025, des populations ont été déguerpies de Plaine-Oréty dans le cadre d’une opération liée à la déclaration d’utilité publique de cette zone. Aujourd’hui, la construction annoncée du futur siège de l’UDB sur une parcelle du même site alimente les interrogations sur la destination du terrain et les conditions de son attribution.
Le problème dépasse la seule controverse politique. Il touche à la gestion du patrimoine foncier de l’État, à l’égalité de traitement des citoyens et à la crédibilité des décisions administratives.
Lorsqu’un site est déclaré d’utilité publique, les décisions relatives à son affectation doivent pouvoir être justifiées par des bases juridiques et des procédures vérifiables. Si une parcelle est ensuite attribuée à un parti politique, les citoyens sont en droit de connaître les conditions dans lesquelles cette décision a été prise.
Sur quel fondement juridique repose cette attribution ? Quel était le périmètre exact de l’opération d’utilité publique ? La parcelle concernée a-t-elle fait l’objet d’une procédure régulière de déclassement ou de changement d’affectation, si une telle procédure était nécessaire ?
À ces interrogations s’ajoute celle du sort réservé aux populations déguerpies. Alors que des citoyens ont dû quitter les lieux, les autorités doivent pouvoir expliquer la finalité de l’opération et les conditions dans lesquelles le terrain est aujourd’hui utilisé.
À ce stade, les éléments présentés ne suffisent pas à établir une irrégularité. Mais ils justifient une exigence de transparence : les actes administratifs doivent permettre de vérifier la légalité de l’opération.
Mays Mouissi : entre responsabilités gouvernementales et direction de l’UDB, une question de gouvernance
Le dossier prend une dimension particulière avec la position de Mays Mouissi, ministre chargé de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre, mais également secrétaire général de l’UDB.
Cette double responsabilité soulève une question légitime : quelles garanties ont été mises en place pour assurer l’indépendance et l’impartialité des décisions administratives concernant une parcelle destinée au parti qu’il dirige sur le plan administratif ?
Il ne s’agit pas de considérer automatiquement ce cumul comme la preuve d’un conflit d’intérêts. Encore faut-il établir le rôle personnel du ministre dans la procédure, son éventuelle participation aux décisions et les règles applicables à la situation.
Toutefois, lorsqu’un responsable politique exerce des fonctions gouvernementales dans un secteur directement concerné par une opération bénéficiant à sa propre formation, la transparence doit être particulièrement exigeante.
Qui a instruit le dossier ? Qui a pris la décision d’attribution ? Quelles autorités ont validé la procédure ? Des mécanismes de prévention des conflits d’intérêts ont-ils été appliqués ?
Autant de questions auxquelles les autorités sont désormais invitées à répondre.
Dans une affaire de cette nature, la confiance publique ne peut reposer uniquement sur la qualité des personnes impliquées ou sur les assurances données par une formation politique. Elle doit s’appuyer sur des procédures claires, des décisions traçables et des documents vérifiables.
L’UDB invoque une acquisition auprès des autorités : où sont les actes ?
Le 24 octobre 2026, le secrétariat général de l’UDB a publié une communication indiquant, en substance, que le terrain avait été acquis auprès des autorités compétentes.
Cette explication constitue la position du parti. Elle ne permet cependant pas, à elle seule, de répondre à toutes les interrogations soulevées par cette affaire.
Qui a autorisé l’attribution ? À quelle date ? Selon quelle procédure ? Quel est le statut juridique de la parcelle ? Quelles décisions administratives encadrent son affectation ?
Le terrain se trouve-t-il toujours dans le périmètre déclaré d’utilité publique ? Si son statut ou sa destination a été modifié, quels actes permettent de l’établir ?
Ces questions ne relèvent pas d’une polémique accessoire. Elles concernent les conditions de gestion d’un bien foncier et la possibilité, pour les citoyens, de vérifier que les règles ont été respectées.
Dire qu’un terrain a été acquis auprès des autorités ne dispense pas d’expliquer comment cette acquisition a été réalisée.
Dans un dossier aussi sensible, une communication politique ne saurait remplacer les pièces administratives permettant d’établir les conditions de l’opération. La publication des documents communicables serait un moyen concret de dissiper les soupçons, sans préjuger de l’existence d’une quelconque irrégularité.
La société civile saisit le Parlement et demande des comptes
Regroupées au sein de la Coalition des organisations de la société civile gabonaise, les onze organisations signataires ont choisi de porter l’affaire devant le président de l’Assemblée nationale.
Elles sollicitent notamment l’interpellation du vice-président du Gouvernement et du ministre chargé de l’Habitat, de l’Urbanisme et du Cadastre.
Leur démarche s’appuie sur l’article 81 de la Constitution gabonaise, qu’elles invoquent au titre du contrôle de l’action gouvernementale. Elles souhaitent obtenir des éclaircissements sur les conditions juridiques, administratives et foncières de l’attribution de la parcelle.
La coalition demande également la publication des actes administratifs communicables relatifs au statut du terrain et à son attribution, ainsi que des éventuelles décisions de déclassement ou de changement d’affectation.
Elle réclame par ailleurs des informations sur les autres bénéficiaires de parcelles situées sur le site, les superficies concernées et les fondements juridiques des décisions correspondantes.
L’objectif est de sortir des déclarations générales pour entrer dans le détail des actes, des procédures et des responsabilités.
Reste à savoir quelle suite le Parlement et le Gouvernement donneront à cette démarche.
Sept exigences pour sortir de l’opacité
Dans leur saisine, les organisations de la société civile formulent sept principales demandes :
- L’interpellation des membres du Gouvernement concernés, notamment sur les conditions d’attribution de la parcelle ;
- La suspension provisoire des travaux, si les vérifications nécessaires et les autorités compétentes le justifient ;
- La publication des actes administratifs communicables relatifs au statut du terrain et à son attribution ;
- La transparence sur les autres attributions foncières effectuées sur le site de Plaine-Oréty ;
- La clarification des critères et procédures appliqués pour les décisions foncières concernées ;
- L’examen des éventuels risques de conflit d’intérêts, réels ou apparents, et des garanties d’impartialité ;
- La prise en compte de la situation des populations déguerpies, dont les droits et les préoccupations ne sauraient être relégués au second plan.
Ces demandes visent à faire de Plaine-Oréty un dossier de redevabilité publique, plutôt qu’une nouvelle controverse politique appelée à s’éteindre sans que les questions soulevées aient reçu de réponses.
Plaine-Oréty, un test pour la crédibilité des pouvoirs publics
Au-delà du futur siège de l’UDB, l’affaire pose une question fondamentale : les règles qui encadrent la gestion du foncier public s’appliquent-elles avec la même rigueur à tous les bénéficiaires, indépendamment de leur proximité avec le pouvoir ?
Les autorités disposent désormais d’une occasion de clarifier le dossier en mettant à disposition les documents pertinents et en expliquant les procédures suivies. De son côté, l’UDB a communiqué sa position sur l’acquisition du terrain. La société civile demande à présent que cette version puisse être confrontée aux actes administratifs.
Le cumul des responsabilités de Mays Mouissi ajoute une dimension particulière à cette exigence de transparence. Sans constituer en soi la preuve d’une faute, cette situation appelle des éclaircissements sur les responsabilités exercées et les garanties d’impartialité appliquées.
Une autre question demeure : quelle était la finalité exacte de l’opération engagée en 2025 et comment la situation des populations déguerpies est-elle prise en compte dans la gestion actuelle du site ?
Dans un État de droit, la proximité avec le pouvoir ne saurait tenir lieu de justification juridique. Pas plus que les critiques politiques ne peuvent, à elles seules, démontrer une irrégularité.
À Plaine-Oréty, l’enjeu est donc clair : établir les faits, rendre les décisions vérifiables et démontrer que l’intérêt général ne varie pas selon l’identité du bénéficiaire.
Car au-delà des murs du futur siège de l’UDB, c’est la crédibilité de la gestion foncière publique, l’égalité des citoyens devant les règles et la confiance dans les institutions qui se trouvent aujourd’hui questionnées.
