Gabon-Chine : quatre projets industriels, au-delà des milliards annoncés, quelles retombées pour l’économie nationale ?
Le chef de l’État et partenaires chinois Credit:© 2026 D.R./Le Radar
En marge de sa visite en Chine, le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, a multiplié les rencontres avec des investisseurs et industriels chinois intéressés par le marché gabonais. Raffinage pétrolier, exploitation minière, assemblage d’engins de chantier et industrie automobile : quatre secteurs ont été au cœur des échanges. Si les projets présentés affichent des ambitions importantes, leur portée économique devra toutefois être appréciée en tenant compte de leurs retombées réelles pour le pays.
Gabon-Chine : quatre projets industriels, au-delà des milliards annoncés, quelles retombées pour l’économie nationale ?
Derrière les annonces d’investissements, de nouvelles infrastructures et de milliers d’emplois se pose une question essentielle : quelle part de la valeur créée restera effectivement au Gabon ?
SOGARA : tripler les capacités de raffinage, mais garantir l’approvisionnement
Parmi les projets présentés figure la construction d’une nouvelle raffinerie de la Société gabonaise de raffinage (SOGARA). À cette occasion, le chef de l’État a reçu l’administrateur-directeur général de la société, accompagné de ses partenaires techniques, le constructeur chinois CC7 et Technip Energies, chargé de l’ingénierie.
Selon les informations communiquées par la présidence de la République, les travaux devraient débuter en 2027 pour une mise en service prévue en 2030. La future installation devrait tripler les capacités de raffinage du pays et permettre de porter les réserves de carburants raffinés à l’équivalent de 90 jours de consommation nationale.
L’ambition affichée est de mieux couvrir la demande intérieure, de renforcer les stocks de sécurité et de positionner le Gabon comme fournisseur des marchés de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC).
Le président de la République a également demandé à la SOGARA et à ses partenaires d’étudier la construction d’un pipeline vers le centre du pays, notamment pour améliorer l’approvisionnement de l’Ogooué-Ivindo et du Woleu-Ntem.
Reste à préciser les capacités physiques de stockage prévues pour atteindre l’objectif des 90 jours, ainsi que les conditions qui permettront à cette nouvelle infrastructure de garantir un approvisionnement régulier et accessible sur l’ensemble du territoire.
Mabounié : 2 milliards de dollars pour transformer les ressources sur place
Autre projet majeur : le développement du gisement de niobium et de terres rares de Mabounié, dans la province du Moyen-Ogooué. Le chef de l’État a échangé avec les dirigeants du groupe chinois ENFI, partenaire technique de Dusk Gabon, société de projet chargée du développement du gisement.
L’investissement annoncé est de 2 milliards de dollars. Le projet prévoit l’extraction du minerai et sa transformation locale au sein de six à sept unités industrielles, avec neuf produits finis. Les travaux devraient commencer en 2027, tandis que les opérations de terrassement ont été confiées à une entreprise gabonaise.
Le communiqué présidentiel évoque une capacité de production de 16 000 tonnes par an. Toutefois, la nature exacte de ce volume, minerai, concentré ou produits finis , mérite d’être précisée. Les données techniques publiées par le promoteur présentent en effet plusieurs objectifs de production distincts.
Sur le plan social, Dusk annonce environ 2 000 emplois directs potentiels et plusieurs milliers d’emplois indirects. La ventilation entre les emplois de construction, les postes permanents d’exploitation et les activités générées chez les sous-traitants reste néanmoins à détailler.
Au-delà du montant de l’investissement, l’enjeu sera de s’assurer que l’exploitation de ces ressources naturelles favorise réellement le développement d’une industrie locale, le transfert de technologies et la montée en compétences des travailleurs gabonais.
SDLG : une usine d’assemblage et un défi de formation locale
Dans le secteur des équipements de travaux publics, le président de la République a reçu le président-directeur général du groupe chinois SDLG, fabricant d’engins lourds de chantier basé à Linyi, dans la province du Shandong.
Le groupe envisage d’implanter au Gabon une usine d’assemblage destinée à servir le marché national et la sous-région. Son dirigeant a notamment évoqué la stabilité du pays et son environnement des affaires comme des facteurs favorables à son implantation en Afrique centrale.
Le chef de l’État a recommandé une installation dans la zone économique spéciale de Nkok et demandé que le projet intègre la formation de jeunes Gabonais aux métiers de l’assemblage, de l’entretien et de la mécanique des engins.
Cette perspective soulève une autre question : quelle sera la profondeur de l’activité industrielle réalisée sur le territoire ? Entre une simple opération d’assemblage et une véritable intégration industrielle, les retombées ne sont pas les mêmes. La participation des entreprises locales, la formation technique et l’évolution progressive des compétences nationales seront donc des indicateurs importants.
Kaiyi : quelles perspectives pour l’industrie automobile gabonaise ?
La veille, à Shanghai, Brice Clotaire Oligui Nguema avait également reçu les responsables du constructeur automobile Kaiyi, basé à Yibin, dans la province du Sichuan, en présence du ministre d’État chargé des Transports, de la Marine marchande et de la Logistique, Ulrich Manfoumbi Manfoumbi.
Les échanges ont porté sur les possibilités de coopération dans les domaines de la mobilité et du transport, notamment l’assemblage local de véhicules, le renouvellement du parc de transport public et le développement des véhicules électriques.
Le constructeur, présent sur une trentaine de marchés, dispose déjà d’activités d’assemblage dans plusieurs pays. Pour le Gabon, l’enjeu serait de déterminer les conditions d’une éventuelle implantation industrielle, les investissements nécessaires, les débouchés commerciaux et les compétences qui pourraient être développées localement.
À ce stade, les échanges rapportés ne constituent pas encore la preuve d’un engagement contractuel pour la construction d’une usine au Gabon.
Investir au Gabon, mais pour quelle transformation économique ?
Raffinage, mines, engins de chantier et automobile : ces quatre secteurs illustrent les ambitions affichées par les autorités gabonaises pour renforcer l’attractivité économique du pays et diversifier sa base industrielle.
Mais attirer des investisseurs étrangers ne constitue pas une fin en soi. La réussite de ces partenariats devra se mesurer à leur capacité à produire des transformations économiques durables, au-delà des montants annoncés et des intentions exprimées.
Combien d’emplois seront effectivement occupés par des Gabonais ? Quelle part des marchés sera confiée aux entreprises nationales ? Quels transferts de compétences et de technologies seront garantis ? Quelle proportion des ressources extraites sera transformée localement ? Et quelle valeur ajoutée sera réellement conservée dans l’économie nationale ?
Autant de questions qui devront accompagner le suivi de ces projets, depuis leur phase de contractualisation jusqu’à leur mise en exploitation.
Car pour le Gabon, l’enjeu ne consiste pas seulement à accueillir des capitaux étrangers ou à multiplier les infrastructures industrielles. Il est aussi de construire une économie capable de transformer ses propres ressources, de développer ses compétences, de renforcer son tissu entrepreneurial et de créer des emplois durables.
Un investissement étranger ne devient un levier de développement que lorsque ses retombées dépassent le cadre du projet lui-même et profitent durablement à l’économie nationale.
