Sport / Élections au CNOG : une crise de gouvernance aux enjeux éthiques, juridiques et institutionnels préoccupants
José Walter Foula et le président sortant, Cresant Pambo Credit:© 2026 D.R./Le Radar
À quelques jours d’un scrutin décisif, le Comité National Olympique Gabonais (CNOG), est plongé dans une crise de gouvernance sans précédent. Accusations de mauvaise gestion, rejet du rapport financier et rivalités internes mettent en cause la transparence du processus électoral et la crédibilité de l’institution.
Le face-à-face entre le président sortant, Crésant Pambo, et son ancien secrétaire général, José Walter Foula, s’inscrit dans un climat de défiance aiguë, révélateur de dysfonctionnements profonds en matière de gouvernance. Anciens alliés et héritiers de Léon Folquet, les deux protagonistes symbolisent aujourd’hui une fracture qui fragilise la crédibilité et l’intégrité de l’institution.
L’origine de cette crise remonte aux Jeux olympiques de Paris 2024, dans un contexte marqué par des divergences sur la gestion de ressources financières exceptionnelles octroyées par le Président de la République. Sans préjuger des décisions de justice à venir, les accusations croisées de détournements ont donné lieu à des procédures impliquant la Direction générale des recherches (DGR), le B2 et la Commission nationale de lutte contre l’enrichissement illicite. Ces éléments traduisent l’existence d’un contentieux sérieux, toujours pendant, et posent avec acuité la question du respect des principes fondamentaux de transparence, de reddition des comptes et de probité.
Le rejet sans appel du rapport financier lors de l’Assemblée générale du 21 mars 2026 constitue, à cet égard, un signal institutionnel fort. Le refus de quitus, loin d’être une simple formalité, s’analyse juridiquement comme une désapprobation explicite de la gestion passée. Dans un autre pays, une telle sanction aurait pour conséquence directe l’inéligibilité des dirigeants concernés, au nom des exigences d’exemplarité. La validation de leurs candidatures par le Comité d’éthique soulève donc une interrogation sérieuse quant à la rigueur et à l’indépendance des mécanismes de régulation interne.
Dans ce contexte, la candidature de Crésant Pambo s’inscrit dans une logique de conservation du pouvoir, malgré un environnement fortement dégradé sur le plan de la confiance. Les soupçons de « générosité intéressée » et d’influence sur le corps électoral, s’ils étaient établis, pourraient être qualifiés de manquements graves aux principes d’équité et de sincérité du scrutin.
Le président sortant
Parallèlement, la stratégie de José Walter Foula apparaît plus structurée et méthodique. Profitant d’une position transitoire à la tête de l’institution, il exerce une influence déterminante sur l’organisation du processus électoral. C’est dans ce cadre qu’intervient son rapprochement avec le général Sylvain Florient Pangou Mbembo, pressenti pour conduire une liste dont Foula occuperait le poste clé de premier vice-président.
Toutefois, cette configuration soulève une préoccupation majeure d’ordre éthique et institutionnel : celle du risque d’instrumentalisation d’une figure militaire de haut rang à des fins de légitimation politique. En effet, les fonctions actuelles du général, en tant que secrétaire général du ministère de la Défense nationale, sont difficilement compatibles avec une implication pleine et effective dans la gestion quotidienne du CNOG. Une telle situation pourrait conduire à un déséquilibre de fait, où le premier vice-président exercerait l’essentiel du pouvoir décisionnel, reléguant le président à un rôle essentiellement symbolique.
Ce scénario, s’il venait à se concrétiser, poserait un problème sérieux de gouvernance et de responsabilité. Il exposerait surtout le général à endosser un rôle de façade, voire de lampiste institutionnel, susceptible de porter la responsabilité politique et morale de décisions qu’il ne maîtriserait pas pleinement. Une telle instrumentalisation serait non seulement préjudiciable à l’image de l’institution, mais également contraire aux principes de responsabilité personnelle et de transparence qui doivent guider toute fonction dirigeante.
Dans ce climat, les interrogations dépassent les rivalités individuelles pour toucher aux fondements mêmes de l’État de droit au sein de l’institution sportive. Comme le rappelle le proverbe, « le lézard qui saute de l’arbre ne peut ignorer qu’il y a quelqu’un en bas » : toute décision engage la responsabilité de ses auteurs, tant sur le plan juridique que moral.
Le Secrétaire général
La prise de position de Léon Folquet, ancien président du CNOG, vient renforcer ce constat. En dénonçant les dérives actuelles et en appelant à un renouvellement profond de la gouvernance, il met en lumière une crise de confiance qui menace la légitimité même de l’institution.
Enfin, ces tensions internes n’échappent pas à la vigilance du Comité International Olympique, dont les exigences en matière d’intégrité et de bonne gouvernance sont particulièrement strictes. Dans ce contexte, une question essentielle s’impose : le processus électoral en cours garantit-il réellement les standards éthiques et juridiques attendus, ou risque-t-il d’exposer le mouvement olympique gabonais à une perte de crédibilité sur la scène internationale ?

