Libération des deux leaders syndicaux : « Derrière rien, il n’y a rien ! » ( tribune libre de Michel Ongoundou Loundah)
Michel Ongoundou Loundah, ancien sénateur de Transition et président du parti REAGIR Credit:© 2026 D.R./Le Radar
La remise en liberté de Simon Ndong Edzo et Marcel Libama, figures emblématiques du syndicalisme gabonais, est un événement qui ne peut laisser personne indifférent. Ces deux hommes n’avaient rien à faire en prison.
Leur sortie de détention tombe donc sous le sens, et elle appelle, chez moi, deux réactions contrastées, mais indissociables.
La première est un sentiment de joie. La joie de voir deux valeureux Gabonais retrouver leur liberté, alors même que chacun sait qu’ils ne sont ni des criminels ni des délinquants.
Dans un pays où des auteurs de détournements de deniers publics et autres commanditaires de crimes rituels, connus de tous, circulent librement, l’incarcération de syndicalistes pour avoir exercé un droit constitutionnel relevait d’une injustice flagrante.
Leur libération rétablit, au moins partiellement, une vérité simple : on ne gouverne pas durablement contre la liberté.
Mais cette joie, légitime, est immédiatement tempérée par une profonde tristesse.
Car si ces hommes sortent aujourd’hui de prison, c’est bien parce qu’ils y ont été envoyés hier. Et cet épisode, loin d’être anodin, a durablement démoli l’image de nos institutions, au premier rang desquelles le pouvoir exécutif.
Quand l’autorité confond gouverner et contraindre
Ce que cette affaire révèle, c’est, entre autres, l’incapacité persistante du régime actuel à gérer les tensions sociales autrement que par la répression, la brutalité institutionnelle, le chantage administratif et, parfois, des arrangements opaques.
Ce n’est certainement pas pour cela que 94 % de Gabonais ont , nous a-ton dit , exprimé leur adhésion au projet porté par les autorités actuelles. Ils n’ont, à coup sûr, pas voté pour substituer une forme de brutalité à une autre, ni pour voir l’arbitraire changer simplement de visage.
Or, dans cette séquence, le pouvoir judiciaire n’est pas exempt de reproches. Certains magistrats, heureusement minoritaires, ont donné le spectacle affligeant d’une servilité avilissante, indigne d’une profession fondée sur le serment, l’indépendance et le courage. Cette attitude jette une ombre supplémentaire sur une justice souffrant déjà d’un grave déficit de crédibilité.
Il faut le dire clairement et sans amalgame : le corps judiciaire gabonais compte de nombreux magistrats honorables, compétents et intègres. Mais il est gangréné par une minorité d’opportunistes carriéristes qui discréditent l’ensemble de l’institution.
Le Parlement qui fait une sortie de route
Plus préoccupant encore, cette affaire a vu le pouvoir législatif s’aventurer sur un terrain qui n’est pas le sien. Le tout nouveau président de l’Assemblée nationale s’est maladroitement invité dans ce dossier, comme si le Parlement devait se substituer à la justice ou à l’Exécutif. Ce n’est nullement la mission du député.
Le rôle du député est clair : légiférer, évaluer les politiques publiques et contrôler , quand on est dans un régime démocratique, l’action du gouvernement. Rien de plus, rien de moins. Lorsque notre Assemblée nationale se laisse entraîner dans des démarches brouillonnes ou symboliquement mal placées, elle affaiblit la séparation des pouvoirs qu’elle est censée protéger.
Restauration des institutions : une exigence
C’est là que la comparaison avec les propos de Brice Clotaire Oligui Nguema sur la restauration des institutions devient incontournable. Car restaurer les institutions ne consiste pas à changer des hommes ou à multiplier les discours solennels.
Restaurer, c’est réparer ce qui a été abîmé, corriger les pratiques, et aligner les actes sur les principes proclamés. On ne restaure pas la justice en l’utilisant comme un instrument de dissuasion sociale.
On ne restaure pas le Parlement en brouillant son rôle constitutionnel. On ne restaure pas l’autorité de l’État en criminalisant l’action syndicale.
La restauration institutionnelle ne peut être crédible que si elle s’appuie sur des règles claires, appliquées à tous, et sur un refus net de l’arbitraire. Elle suppose une justice indépendante, un Exécutif qui accepte la contradiction, et un Législatif qui assume pleinement sa mission, sans excès ni confusion.
L’heure de vérité
La libération de Marcel Libama et Simon Ndong Edzo ne doit surtout pas être interprétée comme un geste de magnanimité, encore moins comme une faveur. Elle doit être comprise comme un rappel sévère : aucune institution ne sort grandie lorsqu’elle s’éloigne de sa mission fondamentale. La preuve, à peine sorti de prison, et nullement impressionné par les errements d’un pouvoir aux abois, Simon Ndong Edzo a eu ses mots : « Derrière rien, il n’y a rien, no money no school ! ».
C’est ici l’occasion de rappeler aux nouvelles autorités de notre pays, que si la restauration des institutions est réellement leur horizon politique, alors cette affaire doit marquer un tournant. Non pas un simple épisode refermé à la hâte par le gouvernement dit de la Ve République, mais une invitation à repenser sa manière d’exercer le pouvoir.
Le Gabon n’a pas besoin d’institutions craintes. Il a besoin d’institutions respectées. Et le respect ne se décrète pas. Il se mérite, par la cohérence, le courage et la fidélité aux principes républicains.
Libérer des hommes ne suffit donc pas. L’UDB/CTRI doit libérer nos institutions !
Michel Ongoundou Loundah, ancien sénateur de la Transition et président du parti REAGIR