Paul-Henri Sandaogo Damiba (à gauche) et Ibrahim Traoré, en 2022 ( RFI) Credit:© 2026 D.R./Le Radar
Dans un article publié ce mercredi, Africa Intelligence révèle comment le président Burkina Faso, Ibrahim Traoré, a réussi à obtenir l’extradition de son prédécesseur Paul-Henri Damiba. Selon le média, ce transfert est l’aboutissement d’un lobbying intensif mené par Ouagadougou auprès des autorités togolaises.
Interrogatoires et extradition
Depuis plus de deux semaines, Paul-Henri Damiba est soumis à une série d’interrogatoires par les enquêteurs de l’Agence nationale de renseignement (ANR). Extradé de Lomé, où il vivait en exil depuis le coup d’État du 30 septembre 2022, Damiba a quitté le Togo le 18 janvier. Africa Intelligence avait révélé le transfert dès le 19 janvier 2026.
Cette opération fait suite à deux semaines de négociations discrètes entre Ouagadougou et Lomé, déclenchées après une tentative présumée de coup d’État fomentée depuis le Togo le 3 janvier par l’ancien colonel putschiste.
Une enquête minutieuse
Pour étayer ses accusations, le Burkina Faso a dépêché à Lomé, dès le 4 janvier, le directeur général de l’ANR, le commandant Oumarou Yabré. Ancien élève de l’école militaire française de Saint-Cyr, Yabré est un fin connaisseur des arcanes sécuritaires burkinabè et un proche du président Traoré. Il a présenté au président togolais, Faure Gnassingbé, un dossier détaillant l’implication supposée de Damiba dans la tentative de déstabilisation, incluant des enregistrements audio et des messages de la messagerie sécurisée Zangi.
Parmi les éléments les plus sensibles figurait une conversation enregistrée en décembre, alors que l’interlocuteur de Damiba était déjà en détention, encadré par des agents de l’ANR pour consolider les preuves. Selon Ouagadougou, la surveillance des activités de Damiba remontait à novembre 2025.
Relations avec la Côte d’Ivoire et Lomé
Depuis son arrivée au pouvoir, Traoré surveille de près les liens de Damiba avec le cercle proche du président ivoirien Alassane Ouattara. En septembre 2022, Damiba avait tenté de trouver refuge en Côte d’Ivoire, mais sa demande avait été refusée. Ouattara avait alors sollicité Faure Gnassingbé pour accueillir l’ancien chef de la junte.
À Lomé, Damiba vivait dans une villa du quartier de Lomé II avec son épouse et avait des contacts sporadiques avec le président togolais. Son activisme supposé était étroitement suivi par Ouagadougou, notamment ses relations avec l’homme d’affaires burkinabè Mahamadou Bonkoungou, impliqué dans l’acquisition de drones militaires turcs.
Un précédent régional
Les documents transmis à Lomé ont convaincu les autorités togolaises d’accéder à la demande d’extradition. Le Togo, déjà pointé du doigt par le Bénin pour avoir accueilli le colonel Pascal Tigri, principal instigateur d’un coup d’État manqué en décembre 2025, ne voulait pas être perçu comme un refuge pour officiers putschistes.
Si plusieurs capitales ouest-africaines, dont Abidjan, ont critiqué cette extradition, la manœuvre s’inscrit dans une tendance régionale des États africains à poursuivre leurs opposants en exil. En juillet 2025, Cotonou avait ainsi orchestré l’arrestation et l’extradition du journaliste béninois Hugues Comlan Sossoukpè depuis Abidjan.